On me demande souvent où va le vieux baroudeur quand l’île des dieux s’agite. Je réponds par un sourire et un nom qui roule comme une promesse au creux de la langue : Belimbing Bali. Là-haut, sur les hauteurs de Tabanan, l’air sent la sève, les chemins parlent encore balinais, et la rizière s’étire sans décors de foire. J’y reviens comme on retourne chez un ami, pour écouter le vent et la vie rurale, loin des klaxons et des swings instagrammables.
Belimbing sur la carte : routes tranquilles et accès futés
Belimbing se trouve à l’ouest d’Ubud et au-dessus de la côte de Canggu. Les distances paraissent courtes, mais la route est une affaire de patience. J’aime m’y rendre en scooter, tôt le matin, quand la brume quitte les palmes de cocotiers. Depuis Canggu, comptez environ 60 à 80 minutes. Depuis Ubud, plutôt 70 à 90 minutes. On traverse des villages où les enfants disent bonjour sans rien vendre. Ça fait du bien.
Vous pouvez aussi réserver un chauffeur ou utiliser un Grab Car. Pratique pour l’aller, moins évident pour bouger sur place. Si vous optez pour cette solution, demandez à votre hébergement d’aider à organiser le retour ou des transferts vers les cascades et points de vue.
| Trajet | Temps estimé | Budget indicatif |
|---|---|---|
| Canggu → Belimbing | 1 h – 1 h 20 | 230 000 – 300 000 IDR en voiture |
| Ubud → Belimbing | 1 h 10 – 1 h 30 | 400 000 – 500 000 IDR en voiture |
| Location scooter | — | 70 000 – 120 000 IDR / jour |
La route serpente. Freinez à l’approche des hameaux, garez-vous sans gêner les entrées familiales et laissez un salut au warung du coin. Le voyage commence avant l’arrivée.
Où poser son sac : dormir au milieu du vert, en douceur
Les hébergements ici ont souvent la modestie des lieux. Un écolodge perdu au bout d’un chemin, une cabane avec douche extérieure, un bungalow familial au bord de la rizière. J’ai mes habitudes dans de petites adresses où l’on cultive la simplicité et le silence. On y dîne de légumes du jardin, on y écoute les grenouilles, on y lit à la lampe, et l’on s’endort plus tôt qu’en ville.
Si vous aimez l’expérience nature, certains campements proposent des bulles transparentes sous les étoiles, isolées par la jungle. D’autres maisons d’hôtes tiennent un potager et servent un café torréfié local. Demandez une chambre avec vue sur les terrasses, et offrez-vous un réveil au chant des geckos.
Pour budgets serrés, les homestays font merveille. Négociez sur place en basse saison avec un sourire et du respect ; vous gagnerez parfois un petit-déjeuner au passage.
Rizières de Belimbing Bali : marcher dans le vert sans foule
Les terrasses s’égrènent au fil des collines, plus sauvages qu’à Jatiluwih, plus secrètes qu’à Tegalalang. Ici, on rencontre encore les paysans qui portent la boue avec patience et humour. Les canaux d’irrigation chantent, tirés par le système ancestral du subak. Une danse millénaire entre l’eau, la pente et la main des hommes.
Points de vue et haltes gourmandes
Pour un premier regard, j’aime m’arrêter près d’un warung sur la route de Pupuan. Le De Kubu Restaurant offre une piscine et une vue ouverte sur les parcelles, parfait après une marche. Un peu plus loin, le Warung Chupachupz devient un refuge simple pour un jus de limau et un plat du jour, avec rizières en panorama.
Si vous aimez les mots qui claquent comme des machettes, retenez rizières en terrasses. C’est une entrée universelle pour discuter avec un agriculteur et demander la permission d’emprunter une diguette. Un sourire, un “bisa?” tranquille, et le chemin s’ouvre souvent.
Se perdre à bon escient : avec un guide du coin
Les terrasses, c’est magnifique, mais ça se respecte. La boue avale les semelles et les levées d’eau sont fragiles. Embauchez un guide local une heure ou deux. Vous aurez les chemins sûrs, les anecdotes, et la tranquillité de n’abîmer ni plants ni canaux. En échange, le village vit, et vos pas en disent long sur votre manière de voyager.
Le nom de Pupuan revient souvent. Les plus belles perspectives se découvrent au lever du jour, quand les collines sortent de la brume et que les hérons prennent la pose. Marchez léger, hydraté, en gardant vos déchets jusqu’au prochain point d’accueil.
Cascades discrètes : bassins clairs et jungle moite
Belimbing cache des chutes d’eau où le silence porte. Sur un chemin à peine tracé, j’ai laissé mon casque au petit magasin avant de m’enfoncer dans les champs. Une famille m’a indiqué la direction avec un rire et une noix de coco. Dans ces moments, je me rappelle pourquoi je voyage.
Sade Waterfall, la surprise ronde
Depuis un petit commerce de village, un sentier conduit à un bassin large, cerné de roches. Sade Waterfall a l’allure d’un cenote ouvert. La bruine rafraîchit sans anéantir la parole. On s’y trempe prudemment, sans sauter, en gardant une distance respectueuse avec les roches moussues.
Trois chutes pour le prix d’une à Pujungan
À Pujungan, un propriétaire surgira peut-être de son jardin pour encaisser une entrée modeste et vous indiquer la voie. Ce petit circuit mène à trois beautés : Blemantug au-dessus d’un barrage, Pupuan Waterfall dans un écrin de fougères, puis Dedari dissimulée derrière un arbre géant. Les cascades de Pujungan résument l’âme de la région : brute, verte, généreuse.
Spiritualité partagée : temples, rituels et sourires
La religion ici n’est pas un décor, mais la respiration du quotidien. Un matin, un village m’a invité à m’asseoir pour Galungan. On m’a noué un sarong, puis offert un fruit. Aucun marchandage, juste le temps qui s’ouvre.
Au Vihara Dharma Giri, vous croiserez un Bouddha allongé de dix mètres, gardien paisible d’un temple discret. Le lieu rappelle que Bali n’est pas qu’hindouiste ; d’autres croyances y tissent leur fil. Une petite offrande, un mot doux, et la visite prend une autre couleur.
Plus loin, le Pura du village vit ses propres heures. Portez un sarong, couvrez vos épaules, parlez doucement. Les prêtres voient tout, même si vous ne voyez qu’un sourire. Le Vihara Dharma Giri et les sanctuaires voisins invitent chacun à la modestie.
Montagnes et volcans : le Batukaru à hauteur d’âme
On parle beaucoup du Batur et de ses levers de soleil. Le voyageur patient préfère la cime voisine, plus secrète. Le Mont Batukaru culmine à 2275 m. La pente se négocie en environ quatre heures d’ascension, sous une canopée qui garde ses secrets. Une pluie fine peut surgir sans prévenir ; la forêt vous enveloppe, les oiseaux s’éclaircissent la gorge.
Sur le chemin, des sanctuaires rustiques et des bornes de pierre. Le Pura Luhur Batukaru, fondé selon la tradition il y a des siècles, veille sur les flancs du géant. J’y ai vu des familles allumer l’encens au petit matin, après la récolte, avec une grâce silencieuse que les photos n’attrapent pas.
Si l’envie de volcans plus fréquentés vous titille, jetez un œil à Kintamani et le mont Batur. On y trouve d’autres lumières et une logistique plus cadrée, utile pour comparer les ambiances.
Moments pratiques : saisons, budget, éthique
La mousson arrose généreusement de novembre à mars. La période mai–octobre gâte les marcheurs. Si la pluie s’invite, souriez : les rizières brillent mieux sous un nuage. Retenez ce simple repère : la saison des pluies n’empêche pas de voyager, elle change juste la cadence.
- Budget journalier raisonnable : 25–50 € hors transport long-courrier, selon confort.
- Pourboires : jamais obligatoires, mais une petite donation aux temples et aux cantonniers des sentiers fait une grande différence.
- Équipement : chaussures antidérapantes, k-way léger, anti-moustiques, lampe frontale, sac étanche.
- Conduite : prudente, rétroviseur réglé, pluie = vitesse divisée.
Côté culture, trois règles simples : demander avant la photo, ne jamais marcher sur les buttes de plantation, et pratiquer le respect des coutumes. Un “terima kasih” placé au bon moment évite mille malentendus.
Goûter, rencontrer, apprendre
Dans les villages, on torréfie le robusta et on sert le kopi dans de petites tasses épaisses. Un vieux fermier m’a expliqué son séchage sur nattes tressées, dos au soleil, regard au loin. Une banane frite partagée, et la conversation s’est allongée autour des récoltes et des pluies qui tardent.
Si l’appel de la mer vous reprend, comparez avec la quiétude de Gretek, au nord de Bali. D’une vallée à l’autre, l’île révèle ses humeurs, sans maquillage ni artifice.
Itinéraires suggérés : une journée, un week-end
Une journée depuis Canggu ou Ubud
- Départ à l’aube. Café au premier village, échange de sourires.
- Arrêt rizières côté Pupuan : marche douce avec un guide du coin.
- Déjeuner dans un warung avec vue, sieste courte, carnet de notes.
- Après-midi cascade (Sade ou circuit de Pujungan), bain frais et retour tranquille.
Deux jours sur place
- Jour 1 : rizières, halte café, temple de village, coucher de soleil sur les terrasses.
- Nuit en lodge ou homestay, dîner simple et étoilé.
- Jour 2 : Vihara Dharma Giri au matin, route vers Batukaru, marche forestière, pique-nique.
- Retour par une route différente pour varier les villages et les points de vue.
Codes de terrain : petits gestes qui changent tout
Avant d’entrer dans un temple, louez un sarong si vous n’en portez pas. Restez en dehors des processions, même si l’envie de cadrer est grande. Ne touchez pas aux offrandes, ne grillez pas les files à la bénédiction. Soyez généreux avec votre temps, plus qu’avec votre flash. La route vous le rendra.
Quand un fermier vous indique un sentier, remerciez-le, même si c’était votre chemin de départ. Quand la pluie vous cloue sous un auvent, offrez de payer le thé. Quand un enfant court vers vous, baissez-vous pour saluer, pas pour photographier. Les voyages les plus justes se mesurent au rythme de ces détails.
Mon verdict de vieux baroudeur : Belimbing, un souffle de Bali intact
Je reviens toujours de Belimbing avec l’odeur de terre humide sur les chaussures et la tête claire. Les terrasses vivent pour elles-mêmes, les villages avancent sans se tordre pour plaire. C’est l’endroit que je recommande à ceux qui cherchent une île sans décorations inutiles. Les chemins ne sont pas toujours faciles, et c’est très bien comme ça.
Venez tôt, marchez lentement, parlez peu et écoutez beaucoup. Entre un bol de soupe brûlante, un salut au temple et une marche au bord de l’eau, vous comprendrez pourquoi j’emporte ce coin de Tabanan partout où je vais. Si un jour vous me croisez sur un muret, carnet sur les genoux, n’hésitez pas : asseyez-vous. On partagera le silence et une histoire de plus.