On me demande souvent si le Cercle d’Or en Islande mérite sa réputation. J’ai vu des dunes qui chantent, des jungles pleines de murmures et des villes qui ne dorment jamais. Pourtant, quand la lande islandaise s’ouvre et que la pierre noire se mêle aux vapeurs, mon vieux cœur de voyageur se tait un moment. Le Golden Circle, je l’ai roulé par rafales de vent et éclaircies capricieuses, en deux demi-journées, pour mieux respirer. Ce récit tient de l’expérience vécue, des choix faits sur la route, et de quelques secrets pour l’apprécier sans se diluer dans la foule.
Cercle d’Or en Islande : ma boussole pour une première fois
La boucle se trace à l’est de Reykjavík, à portée de main pour qui arrive dans la capitale et veut goûter au pays en concentré. Un triangle de paysages fondateurs où la Terre montre son architecture intérieure. On y accède facilement par la Route 1 avant de s’échapper vers l’intérieur. Comptez 230 à 300 km selon les variantes et un jeu d’arrêts qui allongent le temps plus que les kilomètres. J’y ai emmené des novices, des baroudeurs, des curieux pressés, tous y ont trouvé de quoi s’éveiller.
On y croise des vallées qui craquent, des cascades qui grondent, des bassins où l’eau bouillonne sans hâte. Les noms claquent au vent : Gullfoss, Geysir, Þingvellir. Trois piliers, quelques détours, et la sensation d’un grand livre feuilleté à ciel ouvert.
Mon itinéraire sur deux demi-journées pour garder le souffle
J’ai pris le contre-pied des horaires de bus. Fin d’après-midi pour la zone de vapeur, matin pour les chutes et la faille. Moins de cohue, plus d’instants suspendus. Voici la route telle que je l’ai suivie, simple, souple, réaliste par temps changeant.
Fin d’après-midi: la terre qui respire
- Arrivée à Geysir vers 16 h. Entre mares turquoise et dépôts minéraux, j’ai attendu l’éruption de Strokkur. Une bulle se gonfle, l’eau se boucle sur elle-même, puis une gerbe fuse. Tous les 5 à 10 minutes, un théâtre naturel.
- Bain à Laugarvatn Fontana au retour, quand le ciel rosit. Les bassins s’emboîtent, la peau pique un peu, l’esprit se pose. Parfois, je goûte leur pain noir cuit dans la terre chaude, juste pour la tradition.
Matin suivant: le rugissement et la faille
- Départ tôt pour Gullfoss. Avant 9 h, la lumière rase la brume, les silhouettes restent rares. La double chute d’eau roule dans un canyon de basalte, avec un vacarme de bêtes anciennes.
- Route vers Þingvellir, le parc des premiers parlements. Sentier sur les coulées, ciel clairsemé de nuages rapides. La vallée raconte l’Islande des lois, des serments, des roches fendues par les forces invisibles.
Par beau temps stable, j’ajoute l’ancien cratère de Kerið pour le miroir d’eau couleur vin, ou un détour vers la Secret Lagoon à Flúðir si les muscles réclament de la chaleur. Par temps grincheux, je resserre l’itinéraire et je garde l’œil sur la route. L’Islande n’a pas d’humeur fixe, elle vous adopte ou vous teste.
Le Golden Circle est-il indispensable ? Parole de vieux routard
Oui, si vous débutez dans le pays et voulez des paysages-signes, ceux qui expliquent le caractère islandais. Les trois étapes majeures ont du panache. Non, si vous ne supportez pas de croiser des bus et des perches à selfie à la mauvaise heure. Tout est une affaire d’horloge et de patience.
Ma règle: arriver tôt ou tard, marcher dix minutes de plus que la majorité, laisser filer un groupe avant d’attaquer un point de vue. La récompense se cache souvent à vingt mètres du chemin battu, là où on entend sa propre respiration et le frisson des plaques tectoniques qui se parlent en profondeur.
Moments de grâce sur la boucle mythique
Gullfoss, l’étreinte du froid et du bruit
La première fois, je n’ai pas parlé. Deux étages d’écume, le vent qui rentre par le col, des gouttelettes sur la barbe. J’observe la trajectoire de l’eau, j’imagine les hivers où tout devient sculpture, j’écoute les voyageurs qui perdent leurs mots. Un belvédère en surplomb, puis un sentier qui s’approche du gouffre: deux ambiances, deux histoires. On ressort nettoyé.
Strokkur, un battement régulier au cœur de Geysir
Sur place, ça sent le soufre, ça chuchote, ça claque. Les enfants devinent l’instant où la bulle se gonfle, les anciens prennent la mesure du temps. J’aime me placer légèrement de côté pour capter le profil de l’éruption, contre-jour si le soleil veut bien se montrer. Entre deux jaillissements, je vais chercher de petites sources laiteuses, oubliées de la foule.
Þingvellir, le pays des lois et des pierres
On marche entre deux mondes. Les falaises s’écartent, le sentier se faufile, la mousse colonise les cassures. J’imagine les assemblées anciennes, la voix portée par le vent. Pour les amateurs d’eau claire, la faille bleutée de Silfra propose une plongée ou un snorkeling presque irréel: visibilité immense, 2 °C qui saisissent, couleurs d’encre et de cristal. J’y suis allé une fois, jamais oublié.
Ce qui m’a moins séduit, et comment éviter la déception
Les parkings à tarif dynamique autour des sites secondaires peuvent agacer. Rien de dramatique, mais je préfère garder ces ISK pour un café brûlant. Par lumière plate, Kerið perd de son mystère: j’y passe seulement si le ciel joue le contraste. Sur certaines passerelles proches de Geysir, l’affluence coupe l’élan; décaler son passage de trente minutes change souvent tout.
Hors limite stricte du cercle, quelques chutes très connues attirent une marée de visiteurs à la mi-journée. Ma méthode: lever du jour ou fin de soirée en été, ou un jour de bruine que les plus pressés fuient. L’Islande récompense ceux qui prennent leur temps plus que ceux qui prennent un ticket.
Conseils pratiques pour un voyage sans crispation
- Faites simple: deux demi-journées au lieu d’une folle cavalcade. Votre regard vous dira merci.
- Météo: superposer les couches, gants fins, bonnet, veste qui coupe le vent. Rien n’est plus long qu’une promenade avec les doigts engourdis.
- Parkings: gratuits à Gullfoss la plupart du temps, payants selon les saisons à d’autres arrêts (comptez souvent entre 750 et 1 000 ISK). Préparez une carte bancaire sans frais.
- Conduite: routes principales bonnes, mais la pluie et le givre changent la donne. Gardez marge et douceur.
- Saisons: l’été allonge les journées, l’hiver offre des lumières graves et des sites plus calmes.
Pour planifier ce que vous dépensez au-delà du carburant et des bains, voici un guide honnête sur le budget d’un voyage en Islande sur une semaine. Les campeurs trouveront leurs marques avec ces règles et bons plans dédiés au camping en Islande.
Excursion organisée ou liberté au volant ?
| Formule | Pour qui | Fourchette de prix | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|---|
| Excursion depuis la capitale | Voyageurs sans voiture, courts séjours | Environ 70–130 € / personne | Zéro stress, commentaires, horaires fixes | Affluence aux mêmes heures, peu de flexibilité |
| Voiture de location | Curieux autonomes, photographes, familles | Carburant + parkings, variable selon saison | Liberté d’horaires, détours possibles | Conduite par météo capricieuse, gestion des arrêts |
Haltes détaillées pour ne rien rater à votre rythme
Geysir et Strokkur, petit mode d’emploi
Gardez une marge de 45 à 75 minutes. Commencez par le plateau haut pour comprendre l’ensemble, redescendez vers les bassins bleus, placez-vous au vent arrière pour éviter le nuage de gouttelettes quand Strokkur crève la surface. Les couleurs changent avec le ciel; une pause de cinq minutes peut transformer la photo et l’humeur.
Gullfoss, deux points de vue pour deux histoires
Haut: le panorama et l’architecture du canyon. Bas: la puissance, le grondement, la sensation. J’emporte toujours une housse pour l’appareil et une microfibres, la brume trempe en quelques secondes. À l’aube ou en fin de matinée, le contre-jour sculpte l’eau.
Þingvellir, marche tranquille et regard long
Comptez deux heures si vous aimez flâner. Le sentier principal se double de boucles latérales. Cherchez le murmure entre les roches, mettez la main sur la coulée froide, imaginez la vie des premiers Althing. Si l’appel de l’eau claire vous tente, le snorkeling à Silfra vaut la peine d’un frisson; prévoyez réservation et équipement fourni par l’opérateur.
Itinéraires prêts à rouler: une journée ou deux
Version 1 jour, tempo vif mais respiré
- 8 h 15: départ capital
- 9 h 30: Gullfoss – 1 h
- 11 h: Geysir – 1 h
- 12 h 30: pause soupe ou sandwich à la station du coin
- 14 h: Þingvellir – 2 h
- 16 h 30: retour vers la côte
Version 2 demi-journées, le regard plus large
- Jour 1, 16 h: Geysir puis bain à Laugarvatn Fontana
- Jour 2, 8 h: Gullfoss au calme
- Jour 2, 10 h 30: marche à Þingvellir, option faille bleutée ou cascade d’Öxarárfoss
- Option: détour court vers Kerið si la lumière appelle
Petites attentions qui font une grande différence
- Respect des sentiers: la croûte thermique n’aime pas l’ego. Restez sur les zones balisées, c’est la politesse due à la Terre.
- Silence partagé: offrez-vous une minute sans parole au bord du fracas. On comprend mieux un pays quand on l’écoute.
- Thermos et encas: les cafés existent, mais un gobelet chaud sorti du sac au bord d’un champ de lave vaut un palmarès.
- Plan B météo: inversez le sens, changez l’ordre, attendez une éclaircie courte plutôt que de forcer la photo.
Verdict du vieil explorateur
Le Golden Circle n’est pas un secret, mais il garde une âme. J’y reviens pour l’évidence de ses paysages, pour l’architecture du monde à ciel ouvert, pour la leçon d’humilité que donne un geyser ponctuel ou une falaise qui s’écarte. Faites-en une porte d’entrée, pas une fin en soi. L’Islande vous tend d’autres routes, d’autres nuits de cendres et de lumière. Prenez le temps de la boucle, puis filez vers l’inconnu. Votre road trip ne fait que commencer.